|
|
|
|
La République tchèque, le big-bang économique |
 |

Photo : Bruno Moyen
|
Si la « Révolution de velours » ouvre, en 1989, l’horizon politique, social et culturel de la République tchèque (la Tchécoslovaquie, à l’époque), le véritable « big-bang économique », selon l’expression du FMI, survient en janvier 1991, lorsque les premiers signes de la croissance apparaissent.
Sous la houlette néolibérale de Václav Klaus, élu à la présidence de la République en 2003 après avoir été successivement ministre des Finances et Premier ministre, le pays passe en trois ans d’une économie entièrement étatique à une économie privatisée à 80 %.
En 2007, cette transition est presque totalement achevée, puisque seuls quelques « dinosaures » de l’ère précédente subsistent encore dans le giron de l’État, comme la compagnie d’électricité CEZ, la Poste tchèque ou la compagnie d’aviation CSA.
|
Cette privatisation ne s’est certes pas faite sans accrocs. Signe des temps, la langue tchèque s’enrichit à l’époque d’un néologisme, tunelování (construit à partir de l’anglais tunnel), qui évoque de manière imagée les activités de détournement de fonds. Toujours est-il qu’en dix-sept ans, 16 000 entreprises ont été privatisées par le Fonds du patrimoine national, définitivement dissout le 31 décembre 2005. Parmi ces dernières, figurent certains symboles identitaires forts de la nation : le constructeur automobile Skoda, racheté par Volkswagen en 1991, le spiritueux Becherovka, dont Pernod-Ricard a pris le contrôle en 1997, le brasseur Pilsner Urquell, vendu à SABMiller en 1999, ou encore la Komercni Banka, acquise par le groupe Société Générale en 2001.
La France fait partie des principaux partenaires commerciaux du pays et se rangeait en 2005 au cinquième rang des exportateurs derrière l’Allemagne, puissant voisin à la fois courtisé et redouté, la République slovaque et l’Autriche, toutes deux partenaires historiques, et enfin la Pologne, vaste marché frontalier membre du V4, le groupe de Visegrad, qui réunit la Pologne, la République tchèque, la République slovaque et la Hongrie.
Le nouvel eldorado des constructeurs automobiles
Le principal atout de la République tchèque est industriel, comme en témoignent les trois piliers de son économie : l’automobile, l’électronique et le secteur des machines-outils. Les grands investisseurs internationaux viennent y chercher un savoir-faire historique accumulé depuis la révolution industrielle, qui se traduit aujourd’hui par une main-d’œuvre hautement qualifiée pour un coût compétitif. L’usine de TPCA, située à 60 km de Prague et détenue à parts égales par PSA Peugeot Citroën et Toyota Motor Corporation, produit sur une chaîne unique trois petits véhicules différents (la Citroën C1, la Peugeot 107 et la Toyota Aygo). Le Sud-Coréen Hyundai a lui aussi posé la première pierre, au printemps dernier, de son futur site de construction en Bohême, consacrant ainsi la République tchèque comme le nouvel eldorado automobile du marché européen. Les trois sites tchèques de Skoda, Hyundai et TPCA, de même que leurs homologues slovaques (Volkswagen à Bratislava, PSA à Trnava et Kia Motors à Zilina), s’appuient ainsi sur un même réseau de sous-traitants, se donnant par là les moyens de produire près de deux millions de véhicules par an à partir de 2008.
L’électronique attire les investisseurs étrangers
Si les fleurons européens sont déjà bien installés dans l’industrie automobile, d’autres places restent à prendre dans le domaine des industries de pointe, au premier rang desquelles l’électronique. La République tchèque est aujourd’hui l’un des principaux producteurs d’ordinateurs en Europe. Cette activité, qui génère plus de 50 % des exportations tchèques de produits de haute technologie, est surtout le fait d’investisseurs étrangers. Installés en République tchèque de façon durable, IBM, Hewlett-Packard, Samsung ou encore Panasonic (qui fabrique ses portables et autoradios en Bohême de l’Est) bénéficient des incitations gouvernementales et du potentiel d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, jeune et prête à répondre aux exigences d’un environnement d’entreprise complexe. Ces deux facteurs clés, alliés à la proximité des partenaires commerciaux, confèrent à la République tchèque une position attrayante pour les acteurs commerciaux. Implanté près de Copenhague, le fabricant danois de produits de haute technologie de luxe Bang & Olufsen, qui fournit essentiellement le marché suisse, a décidé d’établir sa première usine étrangère en République tchèque pour délocaliser sa production d’écrans plats.
Les machines tchèques exportées dans plus de 85 pays
La troisième branche à profiter de la tradition industrielle du pays est celle de l’industrie des machines d’équipement. C’est l’exemple typique d’un domaine au positionnement stable, en progression tous les ans, qui résiste aux délocalisations à l’Est en se spécialisant dans la mécanique de pointe. Plus souples, plus réactives, les PME jouent dans ce secteur un rôle grandissant. Mécanique de précision, fabrication de machines (machines de coupe et machines à façonner des métaux), ces activités excellent sur les marchés étrangers. Si, depuis 2006, la balance commerciale tchèque est excédentaire, c’est en partie grâce au dynamisme et à la compétitivité de ces machines-outils.
Des places à prendre pour les PME françaises
Toutes les multinationales d’origine française, comme Alstom, Bongrain, Danone, Saint-Gobain, Sodexho, Veolia ou Vinci, sont implantées dans le pays et font figure de gros employeurs. Les PME françaises, en revanche, n’ont sans doute pas encore saisi toutes les opportunités de ce marché, dont la croissance économique dépasse 6 % par an. C’est notamment dans les biens de consommation, point fort traditionnel des entreprises hexagonales, que des parts de marché pourraient être gagnées. Malgré les progressions enregistrées (+ 14 % entre 2004 et 2005), quelques niches sont encore disponibles. Dans les cosmétiques, par exemple : les Tchèques consomment plus de produits cosmétiques que les Françaises et beaucoup plus que les Hongroises, d’après la société EOC, importateur français spécialisé sur ce créneau. Or, malgré la préférence culturelle forte pour les produits français et la présence de distributeurs comme Sephora, Yves Rocher ou Marionnaud, les marques françaises sont distancées par l’Allemand Avon, qui utilise plus efficacement la tradition locale de la vente directe. Dans le domaine de l’agroalimentaire, les opérations de promotion des produits du terroir français se multiplient. Le consommateur tchèque n’évolue plus uniquement dans un marché de prix mais examine aujourd’hui avec vigilance la pertinence du rapport qualité-prix.
Le « business index » de la République tchèque est ainsi le plus performant de la région après la République slovaque, selon une étude du cabinet Ernst & Young menée en 2007 auprès des managers installés en Europe centrale : « Faire des affaires en République tchèque est plus facile qu’en Pologne ou en Hongrie », conclut le rapport. Grâce à un important capital intellectuel, un panel de langues maîtrisées très large, une position géographique centrale et des similitudes culturelles avec l’Europe occidentale et les États-Unis, la République tchèque, forte, en outre, d’un puissant désir d’évolution, offre une économie ouverte aux investisseurs étrangers et aux PME françaises innovantes.
Source : Témoignage de Jaroslav Hubata-Vacek, directeur de la CCI franco-tchèque, extrait de « Talents partagés », ouvrage publié par Grex à l’occasion de ses 20 ans.
Pour en savoir plus et/ou commander cet ouvrage en ligne, cliquez ici. |
|
|
dernière mise à jour : 18 juin 2008
|
 |
Contact |
 |
Pierre-Emmanuel Chaux
Tél : 04 76 28 28 39
Fax 04 76 28 28 35
E-mail : chaux@grex.fr |
|